Je suis resté un nègre

Je n’ai plus l’âge de mentir

Ni le temps de me taire

J’ai donné mon sang à cet empire

Et pourtant

JE SUIS RESTÉ UN NÈGRE 

 

Je suis venu dérouler mes souvenirs comme un parchemin

Mes sentiers de cadavres, ces tranchées jonchées de sang

Je suis venu ici confier ma mémoire au temps

Car le mensonge vole l’avenir à celui qui y consent

Je suis venu du pire Ramassé par ces soldats

Pour De Gaulle et la patrie

Tire ici, Tire ailleurs

Tire-toi de là

Embarqué de force pour faire la guerre

Je n’ai pourtant pas démérité

En première ligne dans la poussière

combien d’allemands ais-je tué ?

 

Chair à canon rationnée

Je n’avais pas droit aux repas des blancs

Mais dites-moi sur le champ de batailles

N’étaient-ils pas comme moi, faits de chair et de sang ?

 

Mais le racisme meurt en enfer

Devant l’ennemi il n’y a que des frères

Des cris, des cauchemars, des prières

Quand tu côtoies la mort de prêt

 

Capturé par les allemands, j’ai suffoqué dans un frontstalag

Mon grand lieutenant Samba N’dour, y est tombé sous les balles

Il habitait la Médina. Sa maison est toujours debout.

Mais lui, il n’est jamais rentré. Et son corps traîne on ne sait où.

 

En 44, j’ai débarqué sur les plages de Provence

J’étais fière comme un coq, j’étais beau, ô tu penses

Mais le succès des étrangers humiliait la France

Alors Entre Fréjus et Cap Nègre

Moi, je suis resté un nègre

 

On m’a pris mes vêtements, tâchés de mon sang et ma sueur

On aprétexté le froid, pour que je ne marche pas en vainqueur

On aplanqué la vérité, déguisés les maquisards,

On ablanchi les troupes. On a volé notre victoire.

 

Je suis Alioune Fall caporal- 71e compagnie du Quartier Général

Je suis Mamadou Addi Bâ-12eme régiment des tirailleurs

Je suis Ndiogou Dièye- Amadou Lamine Sow- Colonne Leclerc

Je suis Issa Cisse- bataillon autonome d’infanterie coloniale 

Je suis Bertogal François lebrun- Saïdou Tall- Cheikh Fall

Je suis Charles N’Tchoréré– Capitaine- 53e régiment d’infanterie coloniale.

 

J’étais contraint de m’engager.

J’ai vu ma pension geler

Hier la mer est devenue cimetière

Et dans ces vagues d’amertumes où dansent la mort en écume

Les fils de nègres se noient encore par milliers.

 

D’aucuns diront que le blanc est une métaphore du pouvoir

Je dis que le pouvoir mange à la table de ceux qui ont usurpé l’histoire

Qu’à cela ne tienne, tomberont les pluies diluviennes

Que tous les colons se souviennent,

Moi …Jesuis resté INTÈGRE.

 

*Ce texte s’appuie sur des citations et des histoires réelles tirées du web-documentaire de Julien Masson « Mémoire en Marche ».